1897
Byrsa
1960
Didon
1987
2000
Aujourd'hui
1897 — Aujourd'hui

Plus d'un siècle
au-dessus de Carthage.

Remonter le temps
L'ancêtre

Le Grand Hôtel Saint-Louis.

En 1897, sur le rebord sud-est de la colline de Byrsa — là où Carthage fut, un soir de 146 avant notre ère, rayée par Rome — un hôtel ouvre ses portes : le Grand Hôtel Saint-Louis et de Carthage.

Vingt-cinq chambres, des arcades superposées, une vue qui domine la baie et le port punique. Les voyageurs du début du siècle y font halte, à deux pas de la chapelle Saint-Louis et de son jardin d'antiquités.

Carte postale ancienne du Grand Hôtel Saint-Louis et de Carthage, vers 1897 : bâtiment à arcades superposées dominant la colline, aujourd'hui disparu.
Le Grand Hôtel Saint-Louis, vers 1897 — l'ancêtre, aujourd'hui disparu.
Le lieu

Une colline chargée de mémoire.

Le lieu n'a rien d'ordinaire. Sur cette acropole, la France et l'Église ont élevé tout un ensemble à la mémoire de Louis IX, mort près d'ici en 1270 : la chapelle en 1841, le musée des Pères Blancs en 1879, la cathédrale Saint-Louis consacrée en 1890 — aujourd'hui l'Acropolium — et le musée national de Carthage, voisin immédiat.

L'hôtel a toujours vécu au bord de cet ensemble, entre ruines puniques et pierres chrétiennes. Un siècle a passé — la pierre, elle, est encore là.

Carte postale ancienne du jardin de la chapelle Saint-Louis sur la colline de Byrsa, avec le musée à arcades.
Le jardin Saint-Louis sur la colline de Byrsa, au début du siècle
La reconstruction

Une maison plus grande.

Dans les années 1960, au lendemain de l'indépendance, le vieil hôtel laisse place à un édifice bien plus vaste — blanchi à la chaux, rythmé d'arcades, visible de presque partout dans Carthage.

C'est ce bâtiment, moderne et méditerranéen, que l'on habite encore aujourd'hui.

Vue aérienne de l'hôtel dans les années 1960, au pied de la cathédrale Saint-Louis de Carthage et du musée national.
L'hôtel dans les années 1960 — le bâtiment actuel, au pied de la cathédrale Saint-Louis et du musée.
Le nom de la reine

Le nom de la reine.

Au fil du temps, la maison prend le nom d'une reine : Didon — Elissa — fondatrice légendaire de Carthage. Hôtel Reine Didon, puis Villa Didon.

Le choix n'est pas anodin. Didon, dans la légende, fonde une cité par ruse : le territoire qu'elle obtient est celui que peut couvrir une peau de bœuf — qu'elle découpe en fines lanières pour en cercler le plus grand domaine possible. Ingéniosité, ténacité, élégance : les qualités que la villa veut faire siennes.

"Didon n'a pas seulement fondé Carthage. Elle a fondé l'idée qu'un lieu se mérite par ce qu'on y met, pas par ce qu'on y prend.

1987 · L'aboutissement

La maison trouve son homme.

En 1987, la maison de Byrsa change de mains. Elle s'appelle encore le Reine Didon. Elle ne changera pas tout de suite : dix ans passeront avant que le premier mur ne bouge. Celui qui vient de l'obtenir n'est pas pressé — il attendait cette colline depuis le début.

Mongi Loukil avait bâti là où le tourisme tunisien restait à faire : Hammamet, Djerba, puis Tozeur, où il a construit avant les autres et où il est retourné en pleine crise, quand tous s'en allaient. Une génération entière l'a suivi. Mais de toutes les maisons qu'il a levées, aucune n'était celle-ci.

Ce qu'il voulait ici n'était pas un hôtel de plus, mais une maison où l'on parle d'art. En 1998, il fonde le Didon d'or — un prix sans catégorie, ni littéraire, ni scientifique, ni social, qui distingue une Tunisienne, ou une institution de femmes, pour un geste modeste ou une œuvre entière. Aucun critère, sinon l'excellence. Il s'est éteint en 2019. Ses fils tiennent la maison.

Portrait de Mongi Loukil, souriant, en costume et cravate
Mongi Loukil.
Les stèles calligraphiées de Rachid Koraïchi alignées sur le toit-terrasse de la villa, face à la baie de Carthage en plein jour
Les stèles de Rachid Koraïchi sur les terrasses — calligraphies réinventées, face à la baie.
2000 · La renaissance

L'épure et les œuvres.

À partir de 1997, l'architecte-designer français Philippe Boisselier repense entièrement la villa — elle ouvrira au printemps 2004 : lignes épurées, murs blancs, pierre claire, un portique de fines colonnes. La maison devient un boutique-hôtel où plus de vingt œuvres d'artistes tunisiens et internationaux dialoguent avec la lumière. L'architecture choisit de se taire pour que les œuvres parlent. L'art, ici, n'est pas exposé — il vit. Parmi elles, les stèles calligraphiées de Rachid Koraïchi veillent toujours sur les terrasses, face à la baie.

Aujourd'hui

Dix suites, une baie,
une colline.

Plus d'un siècle après le premier voyageur, la villa accueille toujours sur la même colline, face à la même baie. Chaque jour différent, chaque soir nouveau.

Vivre la Villa Didon